Suspension de certaines importations agricoles : une réciprocité encore limitée

Présenté par le Gouvernement comme une réponse aux mobilisations agricoles, l’arrêté du 5 janvier 2026 suspendant l’importation de quelques denrées contenant des résidus de certains pesticides interdits dans l’UE se veut un premier pas vers une plus grande réciprocité des règles commerciales. Mais sa portée demeure limitée.

L’arrêté du 5 janvier 2026 suspend l’importation en France de quelques denrées alimentaires contenant des résidus quantifiables de certaines substances actives interdites dans l’Union européenne : Le Glufosinate, le Carbendazime, le Bénomyl, le Mancozèbe et le thiophanate-méthyl. Présentée comme une réponse aux « deux poids deux mesures » dénoncés par les agriculteurs, la portée de cette mesure française, certes bienvenue, reste toutefois limitée :

e de cette mesure française, certes bienvenue, reste toutefois limitée :

  • Il s’agit d’une mesure de sauvegarde temporaire dont l’effectivité dépendra des efforts de contrôle fournis par les autorités française.

  • L’arrêté ne vise que cinq substances non autorisées en UE alors qu’au moins 88 substances non autorisées ont des LMR supérieures au seuil de détection

  • L’interdiction repose exclusivement sur la présence de résidus quantifiables, et non sur l’usage des substances lors de la production : des denrées traitées avec des pesticides interdits peuvent donc continuer à être importées dès lors qu’elles ne contiennent pas de résidus détectables.

  • En 2024, 30 000 tonnes de glufosinate, thiophanate-méthyl et mancozèbe ont été produites en Europe malgré l’interdiction d’utilisation, dont 34 000 kg de mancozèbe produits en France. 

  • La mise en œuvre de la mesure repose sur des obligations de « diligences raisonnables » laissées à l’appréciation des importateurs, sans garanties sur les moyens de contrôle mobilisés par l’administration.

L’adoption de cet arrêté illustre l’écart entre les discours sur la réciprocité et les instruments juridiques réellement mobilisés. Le Gouvernement français devrait agir de façon beaucoup plus résolue pour obtenir à l’échelle européenne de réelles avancées en matière de mise en œuvre effective des mesures miroirs les plus indispensables. Il ne s’agit ni plus ni moins de la traduction en acte d’engagements répétés à de nombreuses reprises par le Commissaire européen à l’Agriculture et dans le cadre de la vision pour l’agriculture, présentée en février 2025 par la Commission européenne.


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